03/02/2017

LE REMEDE

Quand on a le dos coincé, il y a 2 remèdes.

1. on se couche bien à plat et on ne bouge plus : pendant ce temps-là Jipi fait la vaisselle...

2. on invite chez soi une petite tribu africaine avec le bon rythme...

27/01/2017

LE LAC DE KIMWENZA (RDC)

Mon intention était de vous raconter une anecdote à propos du lac Kimwenza au Congo, pas trop éloignée de Kinshasa.

Au vu du retour de l’authenticité africaine, je vous fais profiter de l’état actuel des lieux : c’est un endroit très touristique, près du parc des bonobos et tout ça. .

Voici comment nous l’aimions vers 1960.

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Voilà comment ils l’aiment aujourd’hui.

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La route (qui était en terre battue en 1960) a été rendue carrossable. Mais il pleut beaucoup là-bas : la saison des pluies dure 9 mois. Alors il y a de petites érosions qui rendent les trajets intéressants.

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Vous avez envie de visiter ? Je peux vous donner une adresse locale où vous aurez le gîte (paillotte) et le couvert (chikwangue).chikwangue.jpg

 

 

Les jours de pénurie (9 sur 10) vous essaierez de trouver une toile en plastic et une banane ou une mangue !   

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08/06/2016

OU EST PASSE L'ALCOOL ?

STENCIL.gifAu Congo, entre 1960 et 1965 nous étions bien contents de pouvoir polycopier des textes et des dessins pour les moniteurs et les écoliers avec les stencils alcool. La copieuse (à main) et les stencils n’étaient pas trop chers. Nous achetions l’alcool à brûler par bidon de 5 litres, soit 50 litres pour l'année scolaire.

Tout ce matériel était stocké dans un local en principe fermé à clé.

A notre grande déconvenue, au bout d’un trimestre, force nous était de constater que de l’alcool à brûler il ne restait que les bidons vides…

 

 

 

 

Enquête.

C’était le veilleur de nuit : il le buvait !!!

Nous ignorons s’il est devenu fou et aveugle.

09/03/2016

TELEPATHIE ?

Mais non : la télé n’est pas partie. Je voulais juste raconter une histoire.

C’était vers 1962 : à ce moment je fonctionnais partiellement comme « pédagogue » à Ngiri-Ngiri, et partiellement comme secrétaire à tout faire de l’athénée et école normale du même endroit.

La partie « pédagogique » consistait à donner des « leçons modèles » aux futurs instituteurs. Ngiri-Ngiri logeait en effet la toute première école normale du Congo et les premiers vrais instituteurs allaient être diplômés à la fin de l’année scolaire

ndoki_by_arien.jpgMais mon propos n’est pas là : parmi les futurs instituteurs il y avait un dénommé NDOKI(*). Il me faisait souvent ch… !

Il avait mon âge et ce petit con croyait qu’il m’était supérieur, vu son état d’homme (et moi de femme)

Un jour, interrompant le cours, il me lançait : « Madame, vous savez au moins ce que signifie mon nom ? »

Je le savais et il savait que je savais.

Devant toute la classe il déclarait « Je suis sorcier, fils de sorcier et nos sorciers Congolais sont nettement plus forts que vos sorciers d’Europe, si vous en avez ! »

Silence consterné de toute la classe : les étudiants craignaient le ndoki. Pas moi.

-     Mon pauvre ami, lui dis-je. En Europe nous sommes tous sorciers, moi aussi. Tu veux une preuve devant tout le monde ?

Il la voulait.

-     Demain, quand commenceront les cours dans cette classe, je te dirai où tu étais ce soir à 20 heures top avec tous les détails.

Incrédulité (moi aussi !!!)

Et pourtant, après un effort mental inouï de longue durée, tout à coup à 2O heures top j’ai eu la vision de mon Ndoki.

Il était accroupi adossé au mur d’une maison du coin de la rue de Mayumbe en compagnie de trois copains. Il était en short et sa chemise bleu-ciel n’était pas boutonnée ; IL RIGOLAIT. Il se moquait de moi en lingala.

Le lendemain en classe, le Ndoki fanfaronnait.

Je lui ai dit ce que j’avais vu.

Il s’est trouvé mal (mangé un truc indigeste ?) et est sorti pour aller vomir dehors.

Plus jamais il ne s’est permis de m’apostropher.

(*) Ndoki : sorcier en lingala.

08/01/2016

Avec l'élastique de la culotte

C'était en 1963 par là...

Le  crochet qui tient la tige de l’accélérateur de la Dauphine s’était cassé. C'était la pénurie dans les garages : plus  aucune pièce de rechange. Alors je me suis provisoirement dépannée avec deux trombones de bureau. Cependant, lors d’une sortie avec des amis et les enfants et comme j’étais garée sur un bord de route fort sableux, la traction a été trop forte et les trombones ont lâché.

Quelqu’un avait-il un bout de ficelle, un bout de ruban, n’importe quoi ?

Personne. Alors j’ai appliqué l’article 15 : j’ai baissé la culotte pour récupérer l’élastique amovible et faire un dépannage de fortune. Je me demandais si l’élastique allait tenir avec un moteur chaud…

Il a tenu jusque en ville, où il a fallu répéter l’opération avec un bout d’élastique gardé en réserve. Cela ne pouvait continuer ainsi, j’ai mis la voiture au garage et le lendemain avec les références que le garagiste m’avait données, j’ai pris le bac pour traverser le fleuve et tâcher de trouver la pièce à Brazzaville.

Entre Léopoldville et Brazzaville le fleuve est large de 5 km. La traversée dure environ 20 minutes avec le bac, s’il ne tombe pas en panne. Je suis arrivée là-bas sans encombre, mais une fois sur place j’ai dû faire à pied tous les garages les uns après les autres, avant de trouver ce qu’il me fallait : une tige complète pour l’accélérateur. Cette pièce mesurait un peu plus de 50 cm de long et il n’était pas question de débarquer à Léopoldville avec cette pièce de rechange au vu et au su de tout le monde : je me serais fait racketter.

Dans les toilettes du bateau j’ai donc entrepris de fixer cette tige à un bout de ficelle porté à la taille  sous la jupe ample. En faisant un peu attention et en marchant avec plus de grâce que d’habitude j’ai pu passer devant les yeux avides des officiels et officieux sans qu’ils ne remarquent quoi que ce soit d’anormal. S’ils avaient su que je  faisais du marché noir et de la fraude » cela m’aurait coûté un os.

02/11/2015

QUELLE HORREUR !

En 1962 ma fille qui avait deux ans avait un gros bouton  juste sous l’omoplate. J'ai cru qu'elle faisait un furoncle...

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Pansement avec une pommade noire  qui sentait le goudron pour le faire mûrir. cayor.jpgL'aspect du bouton ne changeant pas au fil des jours,  j'ai  donc décidé de faire sortir le pus.  ver.jpg

 

Horreur ! … j’en frémis encore quand je pense à la bestiole rose verdâtre,  vivante et se tortillant que j’ai expulsée de là : un ver de Cayor.

Il y avait de joyeuses  bestioles au Congo!

28/10/2015

LE PAPA DE DANIEL N'ETAIT PAS UN VOLEUR ...

 

Les enfants de 6 – 7 ans font souvent des confidences à l’instit. Ainsi, un lundi matin, le petit Daniel tout excité racontait devant toute la classe que la police était venu le soir précédent et qu’ils voulaient emmener son papa.

 

Mais ils ne l’ont pas trouvé !

 

Il était couché en haut  de l’armoire dans la chambre à coucher et caché par des valises. Na !

 

Daniel n’avait pas trahi son papa. Son petit frère de deux ans ne parlait pas encore très bien et la petite sœur était un bébé de  quelques mois.

 

  • Et pourquoi voulaient-ils emmener ton papa ?

  • Ils prétendaient qu’il avait volé une voiture ! D’ailleurs, cette voiture la police l’a retrouvée dans les matiti (hautes herbes) derrière notre maison : la preuve que papa ne l’avait pas volée !

    C’était en 1957 au Congo : le papa de Daniel tirait le diable par la queue…

 

23/08/2015

LA FEMME ADULTERE !

Sylvère Lapeau était originaire de la région de Malines et travaillait au Congo pour une compagnie pétrolière. Sa femme, Isabelle qui se faisait appeler Belita, était d’origine portugaise, mais elle avait grandi à Anvers. Pour occuper ses journées elle tenait un café-snack dans la galerie commerçante formant le bas de l’immeuble où j’avais un studio. On y servait des en-cas comme le « prego » (tartine garnie d’un très mince steak très épicé) ou des « escalope a l’uovo » et d’autres petites choses. Il est arrivé assez souvent que Belita  me demande de la remplacer à la direction du snack. Quand son mari venait pour donner un coup de main en début de soirée, il se montrait parfois surpris de me trouver là à la place de son épouse. Bref, nous n’étions pas vraiment des amis, mais de bonnes connaissances. Ce que j’ignorais, c’est que Belita s’absentait de temps en temps pour rejoindre son amant : un Portugais. Ce manège a duré quelque temps jusqu’au moment où elle prit la décision de quitter vraiment son mari. Oui mais ! Il ne se laissait pas faire et s’il fallait divorcer, il voulait d’abord la faire « prendre en flagrant délit d’adultère ». Cette procédure état usuelle en ce temps là, et à ma connaissance cela se faisait encore en Belgique en 1996.  Belita m’a demandé une faveur « entre femmes » et j’ai eu la bêtise d’accepter. Elle s’est donc officiellement domiciliée chez moi, et j’ai enfin pu faire usage de la « malle lit » qu’on m’avait refilée au Congo Star en 1956… Elle y dormit rarement.

infidélité.jpgMais un jour, vers les  5 heures du matin, elle est arrivée affolée et en toute petite tenue : la police faisait une descente chez son amant et elle avait à peine eut le temps d’enfiler un soutien gorge et une culotte et de s’enfuir par la fenêtre. Elle s’est vite mise sous les draps sur le lit de voyage, nous avons éteint la lumière. A peine dix minutes plus tard, la police était à ma porte pour constater que Belita avait dormi chez moi.

 

13/08/2015

ENFIN UNE VRAIE PLUIE

Généreuse, rafraîchissante et gratuite, comme je l'aime.

jeux_dans_la_pluie.jpgUne sorte de pluie tropicale, comme quand les petits Africains se roulaient dans les caniveaux ou se mettaient sous les descentes d'eaux pluviales  et riaient comme des petits fous à Léo, Dakar ou Djibouti. Ils l'avaient largement mérité après les grosses chaleurs de la journée.

Il y bien quelques éclairs encore lointains et de légers grondements de tonnerre : mais j'adore ça !  

On dormira mieux ce soir.   

08/08/2015

DE MATADI A BOMA, etc...

Nous sommes descendues au port et sommes montés à bord du bateau qui allait nous amener à Boma. J’ai un merveilleux souvenir de ces 40 km sur le fleuve si large qu’on voyait à peine les berges, le calme de l’eau, les beaux paysages, c’était fabuleux.

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Nous arrivions à Boma très tard le soir et un ami commun, Sylvère Lapeau nous y attendait en voiture pour nous conduire à l’hôtel.

Après un circuit de 8 jours dans le Bas-Congo, nous avons décidé Nicole et moi de retourner à Léo par avion : c’était quand même plus rapide et plus confortable.  Je me devais d’être absolument de retour à temps puisque je changeais d’activité.

ANDRE, pianiste

A l’hôtel de Matadi nous avons passé une soirée musicale bizarre avec le pianiste belge André.

 

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Il jouait à l'oreille  et  ne connaissait pas une seule note de solfège. Beau talent qui ne lui apportait pas de quoi subsister. Il  était d’ailleurs régulièrement recherché pour vols et larcins. Le lendemain matin il fut arrêté pour avoir payé sa note d’hôtel avec un billet de 1000 francs entièrement dessiné au crayon.

Beau travail quand même. Son commentaire quand il fut emmené ? « Comment, vous allez mettre le pianiste au violon ? ».

07/08/2015

EN TRAIN DE LEO A MATADI 1958

 

Nicole et moi prenions le train à 6 heures du matin en gare de Léo. Il n’y avait pas de première classe. Au point de vue confort entre la seconde et la troisième classe il n’y avait pas grande différence, par contre au point de vue de l’encombrement, nous étions plus à l’aise en seconde classe. bussola_train2.jpgLes banquettes étaient des bancs en bois sombre à dossiers très raides : courbatures garanties. Pour parcourir les 400 km jusqu’à Matadi, le train  mettait un minimum de douze heures au moins. Avant notre départ nous n’avions pas eu beaucoup de conseils, sauf celui de nous pourvoir de boissons. On nous avait dit que nous pourrions acheter des fruits et du pain aux nombreux arrêts du train. Vers midi, alors que nous n’avions roulé que six heures, nos réserves de boisson étaient finies : il faisait encore plus chaud dans ce train – toutes fenêtres ouvertes – que ce que nous avions subi à Léo ou ailleurs. Le train s’arrêtait assez souvent, surtout pour réparer les éboulements sur la voie ferrée et ce n’est pas à ces endroits là qu’il y avait moyen de se procurer de quoi boire ou manger. Dans les wagons de troisième classe, les noirs voyageaient en famille avec leurs animaux domestiques : principalement des poules et des chèvres. Malgré le bruit de roulement du train, on était incommodé par les cris et le vacarme venant de ses wagons-là. Finalement nous sommes arrivées à Matadi au coucher du soleil.  Rompues et déshydratées.

 

25/06/2015

NOIR C'EST NOIR.

 

En rentrant chez moi, ça schlinguait ! Une odeur d’eau de Javel  empestait toute la maison.

 

  • C’est du Javel, me dit Pedro tout en claquant deux fois de la langue pour signifier son dépit.

     

Puis il m’expliqua : "sur le tissus, le Javel enlève les taches, même si elles sont noires.

Dans la baignoire, avec beaucoup de Javel dans l’eau, moi, pauvre Noir, je reste noir…."

 

15/06/2015

MOI, "PETIT LEZARD"

 

« Petit lézard » (mon surnom donné par certains moniteurs à l’école près du camp Lufungula) s’affairait chaque première heure des cours dans un petit local pompeusement appelé « infirmerie » avec sa bouteille d’alcool résorciné (70° à 5%) pour tenter d’éradiquer les teignes du cuir chevelu et accessoirement des genoux et des coudes des enfants atteints. Avec un taux de réussite de près de 100%.

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Pendant ce temps-là Maria s’occupait des nouveaux inscrits.

 

On entendait :

 

Mukombo ya mwana ? (le nom de l’enfant ?)

 

Mukombo ya tata ? (le nom de son père ?)

 

Mukombo ya mama ? (le nom de sa mère ?)

 

Nzambi na ye ? (quel est son dieu = religion)

 

Et la réponse variant suivant le cas : Nzambi ya mompè (le dieu des mompères) ou Nzambi ya plotesta (le dieu des protestants) ou carrément : Nzambi té ! (pas de dieu)

 

L’histoire des noms était très compliquée : aucun enfant en ce temps- là ne portait le nom de son père, ni celui de sa mère. Par exemple la gamine  "Félicité Munene" avait comme papa un Dieudonné NZOLO et une maman Germaine KITOKO. Je Me demande encore aujourd’hui comment l’administration coloniale s’y retrouvait.

 

14/06/2015

A PEINE MARIE, DEJA DIVORCE !

Vers la fin de l’année, Pedro avait 27 ans et il a demandé un congé de quelques jours pour se marier. Heureusement que cela tombait pile dans les vacances de Noël et que je pouvais assumer son absence. Trois jours plus tard Pedro revenait : il était déjà en train de divorcer !

 

Le mariage coutumier avait eu lieu avec une petite jeune fille de 13 ans. Pour la dot Pedro avait offert des bacs de bière, des pagnes et une bonne somme d’argent aux parents de la jeune fille, car elle avait été à l’école.

 

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La nuit de noces s’est mal passée, comme il me l’a expliqué : quand pour la septième fois il l’a enfourchée, elle a pleuré et crié « comme si je lui avais jeté du poivre », me dit-il.

 

Bon, et bien, comme elle ne supportait pas cela et qu’il s’était quand même marié dans ce but, il l’a répudiée. Il a réclamé une partie de la dot en retour, et voilà un mariage qui a tourné court.

 

09/06/2015

LA VALEUR D'UNE FEMME ...

 

Quand Jipi se trouvait en Afrique du Nord, avec son épouse qui était jeune et blonde, il a reçu une offre d’achat pour sa femme : elle valait (alors) : 12 chameaux et 50 chèvres… Il ne l’a pas vendue.

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 Quand je pense, qu’à la même époque, je ne valais que 20 rands sud-africains !

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07/06/2015

NDOKI ... SORCELLERIE ...

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Alors que Pedro, notre boy angolais, avait toujours donné satisfaction, il a commencé petit à petit à commettre de menus larcins. Il n’était pas bien malin et inévitablement je le prenais la main dans le sac.

 

Ainsi, un jour où je l’entreprenais en le moralisant, j’étais avec lui dans la cuisine, quand mon regard s’est porté sur une bouteille brune ayant contenu un médicament que j’avais cherché partout. La bouteille se trouvait sur la table de travail de la cuisine, et j’ai tendu la main pour la prendre.

 

Pedro paniquait en me suppliant de ne pas l'ouvrir. 

Je l’ai ouverte et  j’ai secoué le contenu sur la table : il n’y avait là que des rognures d’ongles et des cheveux. Les cheveux étaient les miens, ceux que j’enlevais du peigne après la toilette du matin.

 

Voilà qu’il me devait des explications. C’était une stupide histoire de sorcellerie nègre. Le week-end Pedro entrait dans sa famille. Un dimanche matin il s’est réveillé avec des scarifications en grillage sur le côté du front : il n’avait rien senti et pour lui c’était donc de la sorcellerie.  Le ndoki (sorcier) de son clan l’a appelé pour lui faire la leçon : tout ce qu’il y avait chez les Blancs était en fait aux Noirs, et il fallait tout reprendre, mais en étant malin. Afin que le Blanc ne se doute de rien, il fallait lui amener une bouteille contenant des rognures d’ongles et des cheveux du Blanc. Le Ndoki ferait le nécessaire pour que le Blanc soit alors sous sa domination.  Ensuite, tant que Pedro aurait la bouteille à sa portée, il pouvait prendre ce qu’il voulait en toute impunité.

 

Est-il besoin de dire que sur le champ je lui ai coupé deux ou trois ongles et quelques brins de cheveux qui ont remplacés les miens dans la bouteille ? Il était horrifié quand je lui ai raconté que nos sorciers étaient bien plus puissants que le sien…

 

04/06/2015

FIESTA DANS L'APPARTEMENT...

 

Il m’arrivait régulièrement de faire un saut à la maison au cours de la journée, à des moments différents, pour m’assurer que tout allait bien. Cette fois-là je suis arrivée en fin de matinée, et j’étais saisie d’entendre des voix joyeuses d’une foule en fête et de la musique au moment où j’allais ouvrir la porte.

C’était la fiesta dans l’appartement ! Le boy avait invité tous les boys du building et ils s’en donnaient à cœur joie. Les meubles avaient été déplacés pour dégager une aire de danse, sur la table trônaient des sandwiches énormes   sandwich.jpg (une tranche de pain, puis de fromage, puis de pain, puis de jambon et de la salade, puis de pain, puis du fromage et des tomates, puis de pain et au-dessus une bonne couche de mayonnaise) et partout il y avait des bouteilles pleines ou vides de limonade et de bière. Mince alors ! Je comprenais enfin pourquoi il m’avait semblé depuis quelque temps que quand le boy faisait le marché, il lui fallait de plus en plus d’argent… Je leur ai proposé de ne pas faire chaque jour la fête chez moi, qu’il y avait probablement d’autres ménages dans le building où l’on pouvait aller pour varier…  

 

27/05/2015

LA POSTE DE LEOPOLDVILLE

A Léopoldville le facteur ne passait pas de maison en maison : j’ignore s’il y avait ce genre de distribution dans les cités autochtones.

 

Les habitants de Léo avaient tous loué une boîte postale à la Poste Centrale : j’avais la BP 1019. Comme vous pouvez le voir la poste était une bâtisse monumentale avec une volée de marches d’escalier Les Européens avaient pris l’habitude de s’y rendre vers 17 heures : ainsi ils étaient certains de rencontrer un maximum de gens et parfois on y allait simplement quand on voulait retrouver quelqu’un en particulier.

 

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Ces marches d’escalier m’ont valu deux bévues.

 

Une première fois quand l'unique bouton de fermeture de la ceinture de ma jupe s’est brutalement détaché, en me laissant là l’espace d’un instant la jupe sur les pieds et mon moi-même en petite culotte en haut des marches…

 

Un seconde fois c’est quand j’ai cru reconnaître dans la foule une de nos connaissances : Sylvère Lapeau. Je me suis dirigée vers le monsieur en l’embrassant affectueusement sur les deux joues et en lui demandant des nouvelles de sa femme et de son fils. Il m’a courtoisement répondu qu’il appréciait les marques de bienvenue et que je pouvais continuer, mais qu’il n’était pas marié du tout…   

 

26/05/2015

JE LA LUI "DETRESSE"...

 

La vie avait repris son cours tant bien que mal, et nous recommencions à sortir le samedi soir.

Qu’est-ce qui m’a pris pour que ce soir là je prenne un métrage de voile de rideau que je jetai sur mes épaules un peu à la manière d’un sari et que je me fasse un beau point rouge au milieu du front ? C’était pour rire, mais…  

Dans la boîte de nuit j’ai tout de suite attiré l’attention de quelques Gurkhas qui y étaient en civil et j’ai accepté de danser avec l’un d’eux. Il a tenté d’initier une conversation, mais je ne parlais aucune des langues qu’il me proposait. Invariablement je répondis en français, langue qu’il ne connaissait pas. Et puis, toujours pour rire, je lui ai dit une phrase en néerlandais… Eh bien, il me comprenait cette fois. Qui aurait cru ça ? Mais il y avait eu longtemps des Indes néerlandaises et ceci explique cela.

Toujours est-il que mon Gurkha se fit collant et pressant… Pendant qu’il perdait la boule je lui détressais consciencieusement la barbe… Quelle catastrophe !

Sa barbe était sacrée, personne n’avait le droit de la toucher et surtout pas d’en défaire l’agencement natté. Il s’est mis en colère, a appelé ses camarades, tandis que nous (mes amis et moi) prenions nos jambes à notre cou et courions désespérément dans les rues vides de Léopoldville, à la recherche d’un abri aussi précaire fut-il.

Nous avions peur des représailles et je pense que si les Indiens nous avaient retrouvés, on aurait connu un sale moment. Mais on a pu s’engouffrer dans le sous-sol du magasin Nogueira où des ouvriers travaillaient encore, et ils ont bien voulu pendant dix minutes éteindre toutes les lumières… On a pu sortir ensuite pour reprendre notre voiture.

Depuis longtemps je n’avais déjà plus le point rouge sur le front et j’avais perdu dans la course le voilage blanc …  

24/05/2015

L'APRES "INDEPENDANCE"

Fin 1960 et début 1961 des troupes de l’ONU étaient donc stationnées au Congo pour pacifier le pays ; à Léopoldville nous étions gratifiés d’une garnison de l’Inde ou du Népal ? Des Gurkhas.  Ils portaient tous le turban et le pantalon bouffant, avaient des barbes tressées, étaient-ce des Sikhs? 

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Même les Congolais racontaient des choses invraisemblables à propos de leurs mœurs. Ainsi par exemple, quand ils amputaient un membre de l’un de leurs blessés, ils déposaient purement et simplement le bras, la main, la jambe dans les poubelles de l’hôpital. Nos Congolais qui n’avaient pas tellement froid aux yeux question cannibalisme et autres atrocités n’en revenaient pas.

186503-swedish-carrier.jpgCertains officiers Gurkas étaient logés dans d’anciennes villas jadis octroyées aux hauts fonctionnaires belges. A leur départ on trouvait des récipients remplis de riz cuit mis à refroidir dans les pots des cabinets, tandis que leurs excréments étaient gentiment alignés dans la plus grande des chambres à coucher, des crottes côte à côte recouvertes d’un bout de papier journal. Ils avaient rapporté leur Moyen-Âge asiatique dans la préhistoire congolaise.

09/05/2015

UNE CRISE D'EPILEPSIE A L'ECOLE

 

1er94-crise_d_epilepsie_neurone_decharge.jpgUn jour j’ai été appelée par un moniteur paniqué : un écolier était tombé par terre et avait des convulsions. Je n’avais jamais vu un cas d’épilepsie, mais j’étais assez au courant des symptômes et des premiers soins à apporter. J’ai donc couché le garçonnet sur le côté, éloigné ses petits condisciples. La crise avait été forte et spectaculaire, le gosse était épuisé.

J’ai donc décidé de le ramener chez lui pour qu’il se repose.

 

En ces temps troublés il était imprudent de s’aventurer en voiture avec un enfant mal en point sur la banquette arrière, à l’intérieur de la cité : je l’ai vite compris après avoir dû demander deux ou trois fois le chemin.

Il courait depuis longtemps une histoire dans les cités pour faire peur aux enfants, afin qu’ils ne traînent pas dans les rues à la tombée du jour : c’était l’histoire du « blanc à la lanterne » en lingala « mundele ya muinda ». Ce Blanc-là tentait d’attraper des enfants pour en faire du corned beef ! Les Noirs n’avaient-ils pas entendu nos expressions devant ce genre de conserves, qu’on appelait du « singe » ?

Il semblait que certains adultes aussi ajoutaient foi à cette histoire, et comme je transportais un enfant à moitié endormi…  je soulevais des soupçons.

 

Heureusement que j’ai rapidement trouvé la case de l’enfant et que sa mère a expliqué à l’attroupement déjà formé, ce qui en était vraiment. Leur attitude à mon égard a immédiatement changé.

 

07/05/2015

LECTURE COLLECTIVE A HAUTE VOIX...

Attention : dans cette école on fait de la lecture à haute voix !

Il n’y a eu aucun moyen de limiter les dégâts à ce point de vue : une cacophonie invraisemblable de plusieurs dizaines de décibels s’élevait régulièrement dans et autour de l’établissement scolaire, quand plusieurs moniteurs décidaient (et c’était presque toujours simultanément) de passer à l’exercice de lecture à haute voix.

 

On entendait alors des « vêpres allemandes » où chaque classe récitait avec l’accent caractéristique des phrases dans le genre de  :

«La pipé dé papa est sir lé piano»,

«Zilié a iné zolié zipé» 

 

Chaque classe tentait de se faire entendre au dessus du brouhaha des autres : infernal.

Comment, diable, les moniteurs des autres classes pouvaient-ils encore enseigner quelque chose?

 

Et puis, où est l'intérêt pour un enfant congolais de savoir qu'un "piano" existe, quelque part ailleurs, et que c'est un gros "biloko" qui fait de la musique ? 

J'ai interdit les lectures collectives... 

 

04/05/2015

RACISME PRIMAIRE

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LA CHALEUR, LES ODEURS...

Il faut quand même que je vous dise combien tout cela était pénible au début. Après on s’habitue.

Chaque jour la température avoisinait ou dépassait les 30°. En saison de pluie (ce qui correspond à l’année scolaire de septembre à juin) l’air était saturé d’humidité à presque 100%. Irrespirable.

Les classes de notre école étaient construites sur une dalle de béton. Les murs étaient des plaques de béton, le toit de la tôle ondulée. Pouvez-vous vous imaginer quelle chaleur étouffante il y avait dans ces locaux ? Et la puanteur qui va avec ?

Nos petits écoliers ne venaient pas de familles aisées. Les Congolais étaient pauvres : pas d’eau courante dans les parcelles, des latrines rudimentaires, très peu d’argent pour nourrir et vêtir la famille.   

Les petits venaient en classe souvent vêtus du seul vêtement dont ils disposaient. Ils dormaient la nuit sur des nattes par terre (terre battue) en compagnie de plus jeunes qui n’étaient pas encore « propres ». Ils sentaient l’urine, l’huile de palme pour adoucir la peau, l’odeur de la forêt humide et du fauve, tout. Intolérable pour un nez d’Européen, vous voyez ? (Bon, il paraît que nous, Européens, nous sentions le « cadavre » pour eux.)

Ils restaient dans les classes pendant deux heures, puis il y avait une courte récré de 10 minutes, et cela recommençait dans la chaleur étouffante de la classe sous la tôle ondulée qui n’isolait de rien.

Quand je pense à ces pauvres gosses, à ces malheureux moniteurs très peu qualifiés, je m’étonne que nous obtenions quand même des résultats très satisfaisants.

Pour les enfants Congolais le français n’était pas la langue maternelle. Mais quand ils avaient fini le cycle primaire ils parlaient, lisaient et pouvaient écrire le français (avec un accent épouvantable, je dois le dire, hérité des missionnaires flamands. De l’autre côté du fleuve, à Brazzaville, les Congolais parlaient vraiment le français !)

Aujourd’hui, les instits de nos pays se plaignent quand ils ont un petit nombre d’enfants ne parlant pas le français à la maison… Je me tords… d’un rire malveillant.

 

03/05/2015

LECONS DE CALCUL

Le premier jour de ma prise de fonction dans la nouvelle école m’a réservé quelques surprises. Après avoir fait la connaissance de Maria Lallemand, d’avoir convenu entre nous de la distribution des tâches administratives et éducatives, je me suis rendue dans une des classes de première année primaire. A mon entrée dans cette classe, le moniteur a annoncé que la leçon de calcul allait  commencer. Il y a eu un bruit assourdissant !

Chacun des 50 écoliers sortait de l’intérieur de son pupitre des dizaines de capsules de bouteilles. Chez certains les capsules étaient dans une espèce de sac, pour d’autres dans un petit carton, mais la majorité des enfants gardaient les capsules en vrac dans le pupitre. Je me suis rendue compte qu’il n’allait pas y avoir de leçon de calcul, mais simplement des exercices de comptage…

 

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En allant chez le collègue de ce moniteur, voilà que lui aussi annonçait une leçon de calcul : aucun écolier n’avait de capsules dans cette classe. Mais …

 

Quand il a proposé l’addition « 7 + 8 »  j’ai entendu à nouveau un bruit étonnant, tandis que toute la classe était en action : les enfants posaient les 2 pieds sur le pupitre afin de réaliser le « comptage »  7 doigts + 8 orteils = 15 extrémités !

Il nous a fallu peu de temps à Maria Lallemand et à moi pour mettre au point une « méthode » moins bruyante et bien plus adaptée au calcul réel.

29/04/2015

CHAT CH'EST DU CHAT !

 

En ce temps-là mon rôle était de superviser la moitié des 80 moniteurs Congolais de l’école primaire officielle d’une des 24 communes de Léopoldville.

 

Il faut savoir que la « colonie » (Belgique) ne disposait pas encore d’instituteurs autochtones : ils allaient en formation et ne seraient diplômés que 4 ans plus tard.

 

Donc, Maria Lallemand et moi, étions affectés à une école qui disposait de moniteurs comme enseignants : ces hommes (pas de femmes parmi eux) avaient terminé 6 années d’études primaires, suivi une petite formation de moniteur pendant 2 ans.

 

Pourquoi la moitié de 80 : Maria s’occupait de l’autre moitié, vu ?

 

Et pourquoi 80 ?

 

Notre école disposait de 2 rangées de 20 classes : au total 40 classes de chacune 50 élèves.

 

L’école fonctionnait à double gong : une flopée de 2000 écoliers de 8 heures à midi et une seconde flopée de 2000 de midi à 16 heures. Nous avions donc à gérer 4000 enfants et 80 moniteurs ainsi qu’une petite équipe de nettoyeurs.

 

 

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Il se fait qu’un jour j’allais assister à la leçon d’un des moniteurs. Dans le bon vieux temps il avait lui même assisté à une leçon modèle sur le sujet « le chien »  : lui ? Mais il a parlé du chat.  Tenez-vous bien : j’ai laissé faire quand il a expliqué que le chat avait 2 pattes à l’avant, 2 pattes à l’arrière, 2 à gauche et 2 à droite…

 

N’allais-je pas broncher quand il a annoncé que le chat miaule non seulement pour pleurer ses ancêtres, mais aussi pour avertir son maître qu’il y avait un voleur en la demeure… Franchement : c’était un truc de trop.

 

Il m’a donc fallu prendre les choses en main : cela signifie que j’ai donné un « cours magistral » par mes propres forces et par ma propre voix pour recommencer tout depuis le début : ce cours s’adressait autant au moniteur qu’aux enfants.

 

P.S. l'illustration vient de cette page :

http://nordpresse.be/huy-chat-8-pattes-retrouve-pres-cent...

Edifiant ! Surtout les commentaires ... la bête courait à 55km/h.

 

28/04/2015

REGARDE MAMAN : SANS ROUES !

 

Il m’avait semblé que tout à coup la voiture était bien basse en m’installant au volant. J’ai mis le contact, le moteur a démarré et j’ai embrayé pour enclencher la marche arrière.

 

Et là ? Le moteur tournait toujours, mais la voiture ne bougeait pas.

 

C’était quoi, ce nouveau gag ?

 

Je descends : décidément, la voiture était très basse.

 

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Comme le moteur se trouvait à l’arrière, j’y vais et tout à coup je vois ce qui cloche : ma bagnole n’avait plus de roues !

 

Elle était posée sur quatre bacs à bière en bois.

 

Ce matin-là, nous étions une cinquantaine de voisins à constater les mêmes causes et les mêmes effets. Cela se passait en 1961 à Léopoldville.

 

27/04/2015

LE BEDEAU

 

Ce dimanche-là je suis allée à l’église. Il y avait foule.

Il avait été claironné sur tous les toits que trois chorales se produiraient ensemble. C’était d’ailleurs ma raison d’assister à l’office. Les Africains ont ce don inné de chanter juste et à plusieurs voix : j’adore leur harmonie vocale et je n’ai pas été déçue.

 

D’autant plus qu’il y a eu ce petit incident de rien du tout. Il faut que je dise que je n’étais pas vêtue trop sobrement. Il y avait cette jupe en tissu imprimé : frise de danseuses hawaïennes sur fond noir.

 

Arrivait le moment inévitable de la quête. Cela m’a pris subitement.

Quand le bedeau a avancé la sébile à manche devant moi, j’ai fouillé consciencieusement dans la monnaie qui s’y trouvait et ai sorti triomphalement une pièce d’un franc. Je lui ai fait un grand « merci ».

 

Il fallait voir sa tête.

 

J’ai dû sortir de l’église car mon fou rire montait, montait, montait… Encore aujourd’hui je me délecte de ce moment.   

 

22/04/2015

CECI AUSSI C'EST L'AFRIQUE AUJOURD'HUI

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