05/09/2015

1940 : MON EXODE A MOI

 J'arrivais en colonie " à Ostende" le soir du 1 avril 1940;*

A quel endroit d’Ostende était-ce ? Impossible de le dire aujourd’hui. Le bâtiment ne donnait en tout cas pas directement sur la digue et la plage où nous n’allions jamais. La colonie n’était pour moi qu’une sorte de grande école où tout était sombre : la cour de récréation, le dortoir énorme avec des lits partout. Et tous ces enfants habillés de bleu : nous étions 80 paraît il. Tout de suite on m’a confié une petite fille aux cheveux roux et aux yeux bleus, elle s’appelait Astrid et avait mon âge. Astrid ne parlait que le flamand, tous les autres enfants étaient francophones, moi j’étais bilingue. Si bien qu’elle et moi faisions bande à part et devenions inséparables. 

 

Il n’y avait qu’un seul endroit clair et gai à cette colonie, c’était celui où notre linge de corps était conservé. Le samedi nous prenions un bain, ensuite nous recevions du linge frais, une serviette propre, et une paire de draps frais. Ce paquet était lourd pour nos petits bras. A cinq ans nous devions tâcher de refaire nos lits toutes seules, et les monitrices ne rigolaient pas quand c’était mal fagoté.

 La déclaration de guerre

 Un soir tout a basculé : la guerre était déclarée, c’était en mai 1940.

 Un périlleux voyage en barque.

 Ce soir-là donc nous n’allions pas nous coucher,  nous devions revêtir notre capeline, vérifier que nous avions bien notre petite carte autour du cou et attendre. C’était la guerre, mais nous ne comprenions pas ce que cela signifiait, sauf que nous devions partir très loin. Nous allions monter sur un bateau, c’est ce qu’on nous disait, pour faire ce long voyage. Nous devions être bien sages, surtout ne pas parler, ne pas faire le moindre bruit et faire exactement comme on nous disait. Nous sommes parties en rang dans les rues sombres jusqu’au quai d’embarquement. Il y avait un grand nombre de gens silencieux et portant des bagages : Ostende se vidait de ses habitants par la mer. Au loin on voyait qu’il y avait foule sur les grands bateaux qui s’éloignaient pratiquement tous feux éteints. Arrivées au quai, nous étions soulevées à bout de bras par des hommes qui nous déposaient dans des chaloupes. Une dizaine de petites filles par bateau, pas toujours accompagnées d’une monitrice. Et voilà qu’on nous annonçait que les chaloupes allaient être tirées par un grand bateau. C’est à cela que servait la grosse corde. Il fallait qu’on se taise, qu’on reste assise sur les banquettes et qu’on se tienne bien aux bords, qu’on ne bouge pas, mais surtout que nous ne parlions pas.  C’était lugubre, et cette exigence de silence y ajoutait. 

Nous avons donc embarqué. Vaguement j’ai vu des chaloupes qui se sont retournées, j’ai vu des enfants tomber, j’ai entendu leurs cris et le bruit des plongeons dans l’eau. Mais il faisait nuit noire et tout cela n’étaient que silhouettes, moins nettes que le jeu d’ombres chinoises. Un trou noir obscurcit ma mémoire pour la durée  du voyage, je me rappelle seulement le moment où nous étions déjà à Nantes :  une petite vingtaine d’enfants survivants des 80 partis de Belgique. La suite n'était pas triste non plus. 

Commentaires

Et vos parents, ils faisaient quoi?

Écrit par : la fausse petite "Bruxellesse" | 05/09/2015

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Mon père était militaire de carrière : il était prisonnier des Allemands. Ma mère était à la maison (faubourg de Gand) avec DEJA trois autres enfants (2ans, 1an et un nouveau-né)

Écrit par : godelieve | 06/09/2015

je comprends que la situation des migrants actuellement réveille en toi de tristes souvenirs ayant vécu la même chose , malgré ton jeune âge ,ils reviennent te hanter .mais comment oublier ces instants affreux .

Écrit par : Maïanthème* | 06/09/2015

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Une sale histoire
Bisous endimanchés

Écrit par : H-IL | 06/09/2015

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oui en effet des souvenirs douloureux......:(


bisous tous les deux...

Écrit par : nays | 06/09/2015

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