04/01/2017

BONARIEN

Lorsqu’Acé Zivré me fit la proposition de l’accompagner en minibulle spasmodique afin de retrouver sa planète, j’ai tout de suite refusé. Je connaissais Acé Zivré depuis assez longtemps, pour ne pas trop lui faire confiance.  

 

En fait, la première fois où je l’avais rencontré,Nain-de-jardin.jpg

c’était dans une bouquinerie où il cherchait des livres anciens sur l’histoire universelle de la terre. Jamais je n’aurais fait attention à lui, tant il passait inaperçu. Non pas qu’il était comme tout le monde, loin de là : il était lilliputien. Etant moi-même occupé à retrouver quelques noms d’auteurs et des titres de livres, j’avais fait un pas en arrière pour mieux voir en hauteur et croyant m’appuyer de la main gauche sur la tablette d’étalage du milieu je sentis tout à coup quelque chose de rond et de chaud dans ma paume. Surpris je regardais donc ce que c’était : c’était Acé Zivré et il me souriait.

-       Bonjour, me dit-il, pourriez-vous s’il vous plaît me hausser pour que je puisse voir les bouquins de la troisième étagère ?  

De tout autre que lui, j’aurais trouvé cette demande bien étrange et j’aurais passé mon chemin. Comme il était vraiment petit je le pris à bout de bras. Son poids était bien supérieur à ce que j’avais estimé.

-       Vous êtes bien lourd pour un si petit homme, lui dis-je.

-       C’est à cause de mes semelles de plomb, répondit-il gentiment. Si je ne les portais pas je m’envolerai au moindre souffle d’air.

En effet, il semblait fluet. Entre-temps je l’avais juché sur mes épaules et je passai lentement devant l’étagère qui l’intéressait. Tout à coup il trouva l’ouvrage qu’il convoitait : « La vie et les moeurs de Marie-Antoinette » de l’auteur archiviste Gilbours Dadais, avec préface de la reporter Maïté Duplumeau et un chapitre critique de Marthe Call. Acé Zivré saisit le livre et me demanda de le déposer au sol, et avec l’oeil à la fois naïf et un tantinet lubrique il me demanda si tout ce qu’on racontait au sujet de cette personne  était vrai ? Décontenancé je ne pus rien lui répondre, car personnellement je ne m’intéresse qu’aux gastéropodes marins.

 

Acé Zivré déborda ensuite de reconnaissance pour le geste qui lui avait permis de trouver le livre en question et ma foi, il avait l’air de ne plus vouloir me quitter. C’était sans doute émouvant mais aussi très casse-pieds, car j’avais autre chose à faire que de jouer au papa pour ce petit.  Avec quelque retard - je le suppose - il lut dans mes pensées, car subitement il me lança un « au revoir » sonore et dirigea tout droit vers la caisse, il me parut subitement plus grand mais cela pouvait être une illusion d’optique, où il paya son livre et sortit du magasin. Ouf !

 

Le temps passa et j’avais pratiquement oublié Acé Zivré, dont je ne connaissais de toute façon pas encore le nom.  Jusqu’au jour où je trouvais un enveloppe manuscrite dans ma boîte aux lettres. Elle n’avait pas été distribuée par les services de la poste, car elle ne portait pas de timbre.  A l’intérieur de l’enveloppe il y avait un mot manuscrit, écrit tellement petit qu’il m’avait fallu la loupe pour pouvoir déchiffrer le texte, qui disait :

 

« Cher monsieur Dubois,

Je m’appelle Acé Zivré et nous nous sommes rencontrés l’autre jour dans la bouquinerie du « Marabout Immobile ». Si vous pouviez vous rendre lundi prochain 18 courant à la terrasse du café « Le Soiffard », je pourrai vous rejoindre là vers 15 heures pour vous mettre au courant de certains faits que vous ne pouvez ignorer.

A bientôt j’espère, Acé Zivré »     

 

Par simple curiosité je me rendis à l’endroit indiqué et m’installa sur une chaise de la terrasse : c’est ainsi que j’eus avec lui une seconde rencontre.  Plusieurs minutes passèrent avant que le garçon ne vienne prendre ma commande, mais juste comme il arriva une sorte de chien noir aux yeux verts se hissa sur le siège à côté de moi, déposa une enveloppe sur la table avant de me dire en chuchotant :

-       Pour moi  ce sera une gamelle d’eau fraîche, si vous le voulez bien.  

25462898--hirsute-.jpgChoqué j’ai cru un moment que j’étais en proie à une hallucination.  Un chien qui parle, cela n’est pas normal du tout.  Je regardais l’enveloppe sur la table : elle m’était adressée. Je la pris pour lire son contenu.

« Cher Monsieur Dubois,

Dans cette enveloppe vous trouverez une oreillette que je vous prie d’ajuster afin que vous puissiez mieux comprendre. Ne faites pas trop attention à mon aspect de chien, c’est le résultat d’un essai mal réussi. Il ne s’agit pas d’un intermédiaire, c’est bien moi, Acé Zivré.»

 

 

      

Commentaires

j'étais sûre, après l'annonce d'hier, que nous aurions droit à une histoire qui déborde d'imagination, je ne me trompais pas! bravo!!!

Écrit par : Adrienne | 04/01/2017

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Merci. J'espère que mes carabistouilles vous ont plu...

Écrit par : godelieve | 04/01/2017

Une histoire pour gens zivrés
Bisous et bon Cremerdi

Écrit par : H-IL | 04/01/2017

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Je cours lire la suite.
A bientôt.

Écrit par : la fausse petite "Bruxellesse" | 04/01/2017

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