07/01/2017

C'EST FINI !

Le crash

 

Le choc avait été terrible. De cela il se souvint. C’était juste au moment de son dernier bond dans l’espace. Il s’était fixé comme but d’atterrir dans cet endroit sécurisé  qu’il connaissait, là, droit devant, quand un énorme bolide surgi de nulle part arriva à vitesse vertigineuse et fondit sur lui le frappant de plein fouet. Il n’aurait pas pu l’éviter de toute façon, sa vitesse relative étant trop faible par rapport à celle du bolide.  

 

Pour le reste, il se sentit extrêmement mal, comme broyé. Où se trouvait-il ? Combien de temps s’était-il passé depuis le crash ? Cette entité vertébrée anoure apsidospondyle du sexe mâle avait du mal à rassembler ses idées. Il était tout occupé à tenter de gérer la souffrance physique qu’il ressentit de la tête aux pieds. Pour le moment il  avait les yeux clos. Ouvrir les paupières en cet instant sembla lui demander un effort insurmontable. Il ne put même pas se faire une idée de la position réelle de son corps : était-il couché, assis, recroquevillé, ou étalé ? Un immense désir de paix et de repos l’envahit et il se demanda s’il était peut-être déjà mort. Il sombra à moitié dans un sommeil inconfortable, rêvant d’un voyage chaotique aux mille dangers imminents.

 

- Ai-je vraiment dormi  ou me suis-je évanoui ?    

Sans réponse exacte il conclut qu’il était vivant, quoique rien ne vint a priori confirmer cet aboutissement d’idées.

- Ouvrir les yeux, je dois ouvrir les yeux.

Et là il se rendit subitement compte qu’il put très bien déjà avoir les yeux ouverts bien qu’il n’y vit rien.  Il n’avait toujours pas bougé d’un poil et décida de remuer les doigts. Les doigts ? Avait-il encore ses doigts ? Il ne sentit rien. Et la main droite répondait-elle ? Pas non plus. Les pieds peut-être ? Rien.

 

Un énorme chagrin s’empara de lui à l’idée qu’il était complètement paralysé, sans doute partiellement disloqué, dans un endroit invisible pour lui. 

- Mais non, se rebella-t-il au plus profond de lui-même, je suis seulement ankylosé. La circulation du sang est perturbée, mais il ne faut pas que cet état persiste. 

 

De toutes ses forces il tenta de sortir de cette léthargie en se fixant un but simple à atteindre : remuer les doigts. Il mit très longtemps avant d’avoir sa première infime perception et bien plus encore avant d’être certain qu’enfin il pouvait faiblement bouger le pouce et l’index.  Concentré sur les mouvements à effectuer, il décida de contrôler aussi l’ouverture et la fermeture des paupières. En vain. Rongé par l’angoisse il se demanda pourquoi il ne le put.

 

Au bout d’un certain temps qui lui semblait réellement long, il avait la certitude d’être enseveli sous quelque chose d’énorme et de très lourd comme une plaque métallique ou un bloc de béton de grandes dimensions lui barrant tout le dos et les jambes.

- Je ne suis pas sorti de l’auberge, se dit-il.  En effet, coincé sous ce poids lourd, il n’y avait pas trente-six solutions pour se dégager : il n’y en avait même aucune.

 

C’est alors qu’une sorte de miracle se produisit : tout à coup il se sentit libéré du poids qui l’écrasait.  Ce fut hélas sa dernière perception.

 

- - -

 

-       Manolo ! Viens voir ! Il y a ici un crapaud tout noir !

-       Il est mort.  Tu vois bien qu’il est tout écrabouillé.  Un camion sans doute...    

-       T’es sûr qu’il est mort ?

-       Evidemment.  Il est même complètement desséché. Regardes : je le prends par une patte et ...

 

Manolo lance le cadavre de la bestiole à la tête de son ami Pitou.

 

-       Tu es un dégoûtant.  J’ai horreur des bêtes mortes...  Attends voir que je trouve du crottin ou  de la bouse...   

Commentaires

il est mort ? pauvre crapaud .

Écrit par : Maïanthème* | 07/01/2017

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J'ai d'abord cru que Acé Zivré avait raté son décollage. Pauvre crapaud, il aurait dû hiberner.

Écrit par : la fausse petite "Bruxellesse" | 07/01/2017

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bravo! belle réussite, ça ressemble à du Fredric Brown :-)

Écrit par : Adrienne | 07/01/2017

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