05/04/2017

LE CRASH

Son aura s’échappe de toutes parts

 

Il est 2 heures 58 du matin à la Gare de l’Ouest. Le lieutenant N’Dadin AKass peut maintenant se brosser : jamais il n’aura le grade de capitaine. Il vient de s’en rendre compte brutalement, on peut le dire !  N’est-ce pas extrêmement stupide ?  La première et la seconde phase de sa mission se sont déroulées comme prévu, dans les temps et à la perfection, il n’avait plus qu’à décoller pour rejoindre sa base sur la face cachée de la Lune. Et voilà qu’un train de marchandises est venu remettre tout en question.  C’est ce qu’il pense en se relevant après la chute.

 

Il s’extrait péniblement du poste de pilotage et revit en pensée comme dans un film les événements de cette nuit.

 

- N’Dadin Akass tu iras aux provisions, lui avait lancé le colonel Kaff E’Klatch en début de soirée.

 

En effet, chaque nuit quelqu’un accomplissait cette mission de routine depuis l’installation de la base. Il y avait des points de ravitaillement dans tous les pays.  Cette nuit ce serait en Belgique. 

Il s’était donc rendu au quartier général, avait vu l’intendant qui lui avait remis la liste des provisions à ramener.  Il avait parcouru des yeux la courte liste :

- dix boîtes de cinq kilos conserve de phaseolus à la sauce de lycopersicon lycopersicum esculentum agrémentée de fruits mûrs d’oléacées, de capsicum, et d’allium sativum

- cinquante baguettes croustillantes faites avec de la farine du meilleur triticum.

- cinq touques de cent litres d’eau potable.

- cinquante gallus gallus évidés, plumés et rôtis.

Bien sûr il savait très bien qu’ils n’étaient que quarante-huit explorateurs à la base : l’on chuchotait que le général d’armée et le général de division prenaient une double portion à chaque repas. Cela ne lui fit ni chaud ni froid car la portion simple lui suffisait largement.  La liste ne l’intéressait pas plus que cela étant donné que le clark volant était télécommandé et connaissait l’emplacement exact dans les dépôts à visiter.

 

Il se mit ensuite en rapport avec le commandant de l’aviation afin de disposer d’une soucoupe cargo muni d’un clark volant autonome et télécommandé. Enfin il alla cueillir sa feuille de route à étudier minutieusement avant le départ pour que la mission se déroule sans anicroche.

 

Manifestement, il n’avait pas convenablement analysé cette feuille de route, et le voilà dans la mélasse.

Il se dit que pourtant, il connaissait chaque point par coeur :

Phase 1 :

-       départ à 2 h 00 AM (heure terrestre de l’Europe Occidentale)

-       arrivée au-dessus de Bruxelles à 2 h 20 AM

-       direction « Gare de l’Ouest » et atterrissage au sud près des bâtiments des Dépôts Vicinaux.

Phase 2 :

-       sortie du clark volant autonome et envol vers le sud à l’embranchement avec la Rue Osseghem.

-       ouverture du dépôt Delhaize (protocole secret télécommandé de la Lune dont la divulgation est interdite) à 2 h 30 AM

-       chargement des victuailles par clark. (voir plan pour l’emplacement des provisions)

-       retour à la soucoupe cargo et déchargement des victuailles.

-       remplissage des 5 touques aux robinets privés vicinaux.

-       chargement des touques

Phase 3 :

-       décollage à 3 h 00 AM

-       retour à la base à 3h20 AM

 

N’Dadin Akass avait accompli le chargement de l’eau potable, il s’était mis à son poste prêt à décoller, lorsque ... Bien oui, c’était un train de marchandises et brusquement il y eut un énorme fracas de déchirement de ferraille. Il fut violemment secoué et projeté contre les parois. Manifestement il s’était posé trop près des rails, quelques centimètres plus à droite et il avait gagné son grade de capitaine et probablement son prochain retour à la planète natale. Et maintenant, que vais-je faire ? se demanda-t-il.

 

Il sortit donc de l’engin, constata avec effroi que sa combinaison étanche était déchirée à trois endroits et laissait échapper son aura protectrice qui se craquelait de partout.  Vaguement il vit arriver un autre astronef de la base : on l’avait donc discrètement surveillé et protégé. Ils allaient récupérer son épave avec le précieux chargement de nourriture.  Il regretta de n’être pas resté à bord mais n’eut pas la force d’y retourner et prit donc la décision de se désintégrer : c’était la consigne, il ne fallait pas que les habitants de la Terre puissent récupérer un des membres extraterrestres de la base, ni vivant, ni mort.  

 

Entre-temps un attroupement de terriens se formait. Ces gens venaient en s’interpellant à haute voix : le conducteur du train et les deux convoyeurs, le gardien de nuit des Dépôts Vicinaux, deux ou trois civils.

Il entendit des sirènes dans les rues au-dessus de sa tête et sut que la police ne tarderait pas à débarquer sur les lieux.  Le groupe de personnes s’arrêtaient et observaient stupéfaits la descente d’une grosse soucoupe qui aspirait une petite soucoupe posée au sol. Puis ils virent l’extra-terrestre de race noire, aux yeux lumineux jaunes entouré d’une aura jaune devenant orange puis rouge, debout près des rails : d’abord ils ne l’avaient pas remarqué dans l’obscurité des lieux. L’extra-terrestre s’effondra et les gens se précipitaient pour le voir de près et éventuellement le secourir, mais surtout curieux de ce qu’ils allaient découvrir.

 

Mais en moins d’une minute il n’y avait plus là, à la Gare de l’Ouest, ni soucoupe ni extra-terrestre à voir. Tout avait disparu sans laisser de traces.  Et le comble ? Même la locomotive du train ne montrait plus aucun indice de l’impact...  Comme il n’y avait pas de dommages, pas de blessés et qu’un léger retard d’un train de marchandises ne valait pas la peine de rédiger un procès verbal, il n’y eut pas d’enquête.

Commentaires

Cette note vaut pour deux jours : nous partons voir ailleurs...,

Écrit par : godelieve | 05/04/2017

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N'oubliez pas d'être prudents.

Écrit par : la fausse petite "Bruxellesse" | 05/04/2017

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