17/01/2018

FAUSSE ALERTE !

 (extrait de mon livre ... attention (C) )

          - Vite Jo, mets ta combinaison de plongée. Passe moi le casque, là. Prêt? Allons y!         

          Sur l'avenue du Panthéon nous filons bon train, côte à côte, comme des coureurs de fond. Vite, plus vite!  Il faut arriver à l'heure  à la nouvelle maternité de Ganshoren. Elle est proche de notre domicile, nous pouvons y aller à pied, c'est ce qui a déterminé notre choix. Elle est spécialisée en naissances. Les bébés y naissent pour la plupart sous l'eau et sous pression. Il paraît qu'ils sont moins stressés, qu'ils sont moins ridés et que pour la mère et l'enfant, c'est l'idéal. Seul ennui, pour moi,  ils ne me permettront sans doute pas d'entrer dans les bassins de délivrance parce que je ne sais pas fort bien nager. Je ne fais pas non plus de la plongée sous-marine.

          Nous arrivons à huit heures précises, comme la clinique ouvre toute grande ses portes. Les candidats parents, tous en tenue de plongée, s'engouffrent dans l'entrée. On m'arrête avant le bassin, je dois montrer mon brevet de natation et de sauvetage en bassin profond. Je ne l'ai pas, on me refoule. J'assiste donc de loin, de derrière une vitre, et ne vois pas grand chose. Quel dommage qu'en ce moment crucial je ne puis être auprès de Jenny. D'où je me trouve j'ai une vue plongeante sur tous ces couples qui vont procréer, là, sous mes yeux. J'entends le clapotis assourdi, les cris de joie, un peu comme ceux des baleines quand elles communiquent. J'ai déjà entendu ces sons sur un compact-disc. Tout à coup, quelqu'un descend les stores et je ne vois plus rien. Je reste collé là, derrière cette vitre, impuissant, à écouter le clapotis et les baleines.  C'est plus que ce que je peux supporter. Je ferme les yeux.

          En les ouvrant, je découvre devant moi une vieille infirmière moustachue qui me regarde à travers le hublot du scaphandre.

          - Alors? On n'est pas gêné de fermer les yeux sur la réalité? Pour combien de bébés avez-vous souscrit? Quel est votre nom?  

          - Jo Cordier.

          Je la regarde sans comprendre.

          - Où est-elle? Et le bébé?

          - Du calme, du calme voyons. Combien de bébés avez-vous dit? Au moins deux?

          Elle me regarde droit dans les yeux, paraît satisfaite.

          - Deuxième étage, chambre 4. Choisissez la brassière à votre taille. Et revenez vite.

          Dans cette clinique il y a des couloirs avec des coins et des recoins, des ascenseurs, des escaliers, à s'y perdre. Pourtant je parviens à l'étage, je trouve la chambre 4. Petit mouvement de recul devant la porte qui porte une pancarte: "Silence. Ne pas déranger. Docteur J. E. Baise".

          C'est Jenny, c'est ma femme qui est là dedans, ou non? Alors j'ouvre doucement la porte. Pour la dérober à mon regard, une sorte de rideau cache le lit. Je l'écarte. Jenny, méconnaissable, est couchée là, inerte, les yeux clos. Ce qu'elle a changé! Aucune trace d'un bébé. C'est la panique. Je voudrais à la fois appeler au secours, aller chercher le personnel. Je ne parviens pas à prononcer un son. Mes pieds pèsent du plomb. Tout doucement je prends la main de Jenny. A mon grand soulagement cette main est chaude, vivante, mais terriblement potelée. Je n'ose plus regarder Jenny, elle me semble si étrange, tellement différente,  plus âgée, avec des cheveux roux....

          Puis, une voix inconnue me demande:

          - M'as-tu apporté ce sandwich au jambon-fromage? La bouffe ici n'est pas mangeable..

          Panique! Je regarde Jenny. Ce n'est pas elle! Cette personne également me regarde fixement et s'écrie:

          - Mais ce n'est pas toi!?

          - Non, ce n'est pas moi, lui dis-je en sortant de là comme un fou.

          Dans le couloir, par chance, je croise une personne âgée qui marche avec deux béquilles. On dirait bien que c'est Joseph I.

          - Est-ce bien le second étage ici?

          - Ici? C'est le septième ciel, vous le voyez bien.. rien que des éclopés comme moi.. Heureusement que mademoiselle Jenny est une kinésithérapeute hors pair!

          - Le deuxième étage?

          - Il faut prendre l'ascenseur, ou les escaliers, et descendre ou monter, c'est selon.

          Il me semble avoir perdu un temps précieux. Mais que m'arrive-t-il? Suis-je devenu fou? Quelle idée de vouloir tomber dans les pommes. Une profonde inspiration me remet d'aplomb. J'arrive dans le hall où une dizaine d'entrées d'ascenseur s'alignent. Lequel choisir? Je pousse sur un bouton au hasard, et promptement, je reçois une petite gifle.

        

          - Mais Jo? Pourquoi me pinces-tu le nez, me demande Jenny.

          Quel soulagement! Je viens de sortir d' un cauchemar et rien de tout ce que j'ai rêvé ne persiste.

Commentaires

Tout est bien qui finit bien. Ouf, les cauchemars, c'est du terrain connu.

Écrit par : la fausse petite "Bruxellesse" | 17/01/2018

Répondre à ce commentaire

J'en fais très rarement ! Mes rêves sont plutôt du genre fantasque et loufoque.

Écrit par : godelieve | 18/01/2018

tu devrais écrire des polars , j'aime bien .

Écrit par : Maïanthème* | 17/01/2018

Répondre à ce commentaire

Merci Ghislaine, t'es vraiment très gentille...

Écrit par : godelieve | 18/01/2018

Les commentaires sont fermés.